Carnets d’un Orque Libre, feuillet n°1

Par Hanih Soupaulet, Maitre des Animaux
Introduction

Depuis mon enfance, j’aime ma liberté. Est-ce parce que j’en suis privé, enfermé dans ce Kaer, ou parce que mon peuple a subi l’esclavage durant des siècles ? Je n’en sais rien. Cet enfermement me pèse. Et comme l’ennui devient insupportable, j’ai décidé d’occuper mon temps à écrire mon histoire. Peut-être vais-je me lasser d’ici quelques cycles ? Ou peut-être vais-je perdre mon carnet en jouant avec les cyno-singes mes amis ? Ou encore le faire tomber dans la rivière en lavant mon linge ? Je prends le risque, et on verra.

Nevespya est une prison. Beaucoup ici l’appellent refuge, mais peut-on vraiment considérer cette gigantesque caverne complètement murée et soumise à des cycles de lumière magique comme un refuge ? A l’école, le professeur Malouk Bleucrête nous a expliqué que nous vivions sous terre pour échapper à des monstres qui nous attendaient à l’extérieur. Quand je lui demandais quand on sortirait, il me regardait, gêné, et me répondait toujours que j’étais bien mieux ici qu’au dehors.

Ce refuge d’un millier d’habitants est respecté comme une divinité ici. Mais il a déjà montré ses limites, puisque qu’un des monstres du dehors avait trouvé le moyen de rentrer et de tuer une partie des nôtres. Les survivants, Humains, T’Skrangs, Sylphelins, Trolls et Orques ont alors bâti un mur qui par sa magie et le sang versé par nos Martyrs avait protégé la partie non contaminée. Il se fissure pourtant. Dois-je le dire aux autres ? Pour l’instant, je ne dis rien. Peut-être que je pourrai un jour m’y faufiler, et enfin sortir.

C’est au pied du mur-mausolée, qui abrite les corps de plusieurs de mes ancêtres, que j’ai grandi. Durant mon enfance, mes seuls amis étaient les vers géants qui nous servaient de bête de trait, et les cyno-singes avec lesquels je jouais, suspendu au plafond à cent cinquante pieds du sol, alors que le Prof’ Bleucrête me cherchait désespérément dans les greniers des alentours.

Désormais, j’apprends à côtoyer mes condisciples, malgré leurs étranges manières et leur débit de paroles. Leurs bavardages me donnent la migraine. Ils me fuient quand je deviens hargneux. Tant mieux. Je préfère rester seuls avec les cyno-singes, et leur jouer un air de flute. Un bel instrument cette flute : c’est mon oncle qui me l’a sculptée quand j’étais enfant. Avec le temps, elle a pris de la patine. Elle est plus sombre, plus lisse. Quand je n’en joue pas, elle est rangée dans un étui que je me suis confectionné dans une vieille couverture empruntée à ma mère.

Je veux sortir. J’en ai assez de ces parois. J’en ai assez de cette nourriture répétitive, assez de mes vêtements usés. Assez de la lumière magique du plafond. Qu’y a-t-il dehors ? Je veux le savoir. Je veux voir le Soleil et les Etoiles. Les mers et les forêts. Les Horreurs ne me font pas peur. Seuls les gens me font peur.

Publié en août 2012.

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