La geste d’AOrellinor

Si je rédige ce mémoire, c’est pour avertir les personnes désireuses d’embrasser une vie d’explorateur et de héros de Barsaive, une vie certes trépidante, exaltante, et pleine d’enseignements, les prévenir donc qu’affronter les dangers de Barsaive n’est pourtant pas à la portée de tous.
C’est aussi pour faire profiter de ma riche expérience ces quelques personnes qui ont peut-être quelques talents leur permettant de suivre mon exemple d’aventurier.
Enfin les simples curieux avides d’écouter une histoire riche en péripéties, haute en couleurs, et pleine de rebondissements, ne pourront que s’émerveiller d’un tel conte enchanteur.

Je découvre Barsaive. Il faut dire qu’à l’instar de mes nouveaux camarades, je suis né dans un Kaer et n’en suis pas sorti avant « l’incident » qui m’en a fait déménager pour un autre. Mais j’anticipe, j’anticipe…
Mon premier Kaer, le Kaer des Pictes, ne me laisse pas de grands souvenirs retentissants, à l’exception de l’évènement tragique bien particulier. C’était un Kaer confortable qui permettait de vivre tranquillement, en grandissant, s’instruisant, et qui m’a permis pour ma part de faire les premiers apprentissages de la vie, aussi bien en famille que dans notre petite communauté.
Mon père Aorfën était réputé pour ses talents d’élémentaliste, et aimé de tous pour ses sages conseils. Il prenait une part active à toutes les décisions de notre Kaer, et était rapidement devenu le référent en cas de problème, de décision majeure, ou de litige à résoudre. Ma mère, Llynaore, comme beaucoup d’autres jeunes filles à l’époque, n’avait d’yeux que pour lui. Elle se distinguait cependant des autres par son caractère plus farouche, combattif, et son indépendance. C’était une adepte dont l’agilité et la discrétion lui permettaient d’être une éclaireuse hors-pair. Elle aimait beaucoup parcourir les galeries, les tunnels, et les chemins, certains oubliés pour essayer de trouver de nouvelles ressources pour notre communauté, tout autant que pour cartographier les environs. Je crois qu’elle l’aurait fait même si cela n’avait pas eu d’utilité pour le Kaer, tant elle aimait vadrouiller seule. C’est certainement d’elle que je tiens ce caractère si solitaire.
Je me demande souvent si j’aurais pu mener ma vie d’explorateur de Barsaive de la sorte, et ce qui se serait passé si l’accident ne s’était pas produit. Aurais-je pu ou voulu quitter le Kaer en laissant mes parents ?
En tous cas les évènements ne m’ont pas permis de le savoir.

Je me rappelle que nous avions célébré mes 7 ans, lors de l’année de la « Faille ». Ma mère m’avait offert mes premières encres qu’elle avait composées elle-même à partir de plantes qu’elle allait chercher dans certains recoins lors de ses explorations. Mon père m’avait lui donné plusieurs parchemins de qualité. Tout cela était destiné à me permettre de développer mes talents créatifs. Mes parents savaient que déjà j’aimais dessiner, et voulaient m’encourager dans cette voie.

C’est peu de temps après que se produisit le drame.

Personne ne sut pourquoi, ni comment.

Une fissure se forma brusquement dans la salle principale de notre Kaer, pas dans un des murs, mais dans l’air, dans la réalité elle-même. C’était le lieu de rassemblement, celui où se déroulaient les réunions, les fêtes, et où tout le monde passait le plus de temps en dehors de nos chambres. Un cri donna l’alerte. Une lame de lumière aveuglante était apparue et se matérialisait, en prenant la forme d’une aiguille de cristal étincelante. Les personnes affluèrent d’abord pour voir ce qui se passait, puis très vite tout bascula dans le chaos, la peur, et l’horreur. Des « choses » informes toutes plus repoussantes les unes que les autres jaillissaient de cette déchirure. Ces monstruosités, à peine vomies par la fissure, s’attaquèrent aux personnes rassemblées, et commencèrent à les dévorer sauvagement. Dans une panique générale, les gens se bousculaient pour fuir et quitter cette salle en se réfugiant dans leurs chambres. Inconscients et pleutres, ils se condamnaient eux-mêmes en s’enfermant dans ces passages sans issue et en s’isolant les uns des autres. Quelques-uns plus courageux et plus intelligents, menés par mon père, se regroupèrent et commencèrent à résister aux Horreurs qui déferlaient.

Les trais enflammés aux couleurs rougeoyantes et vives se reflétaient dans les miroirs froids et bleutés des lances de glace qui fusaient des mains de mon père, tandis que quelques guerriers regroupés autour de lui coupaient, tailladaient, et hachaient, toute créature monstrueuse qui s’approchait.
L’enchainement des sortilèges lancés éclairait de manière saccadée les contours des corps grotesques de ces choses qui rampaient, se tortillaient, ou sautaient, certaines sur les murs même.

Ils arrivaient vague après vague, difformes, tordus, et démesurés tels des cauchemars issus de peintures démentes. Et pourtant nous ne rêvions pas.
Ma mère Llynaore était venue à ma recherche dès le début de la panique. Après avoir récupéré quelques affaires dans un sac à dos, elle m’entraina vers un passage qui menait à un autre Kaer voisin avec qui nous étions en bonnes relations. En grimpant l’escalier menant au passage supérieur, je me retournai pour regarder mon père Aorfën.

C’est là que je la vis.

La Chose. L’Horreur. L’Abomination.

Mon père était blessé et restait seul debout, les autres guerriers agonisant sur le sol autour de lui. Une sorte de corps difforme monstrueux énorme comme deux trolls, couvert de pustules purulents, avec des dents garnissant les orifices béants improbables dont son corps était couvert, deux grandes griffes ou deux cornes au bout de ses longs bras épais comme des troncs, et des appendices serpentins émergeant de plusieurs parties de cette masse de chair. Certains de ces tentacules s’insinuaient entre les jambes de mon père, et l’un d’eux s’enroulait autour de son bras gauche, pendant que d’autres rampaient furtivement dans son dos. A la vision de ce tableau terrifiant, je me sentis pétrifié, glacé, et incapable d’avancer. Ma mère se retourna alors, et comprenant la situation, se figea elle aussi. Un cri suraigu retentit dans la salle, brisant le silence mortel qui s’y était installé quelques secondes auparavant. Je mis quelques secondes avant de comprendre que ce cri provenait de ma bouche. Ma mère cria le nom de mon père lorsque la pointe effilée du dard au bout du tentacule s’enfonça telle une lame dans le dos de mon père. Du sang jaillit de sa bouche étranglant son cri de surprise. Son regard lucide et pénétrant s’embrouilla et ses yeux se portèrent sur nous l’espace d’un instant.

Il agrippa le tentacule alors même que cet appendice était ressorti par devant sa poitrine, et le brûla avec un dernier sortilège, faisant hurler la Bête d’un cri immonde. Puis mon père s’effondra inconscient, et la créature se jeta sur lui griffes en avant.

C’est tout ce que je vis car ma mère m’entraina dans sa course en m’agrippant par le bras. Son visage durci et fermé était inondé de larmes, mais elle avançait, résolue, sans se retourner.

Le tunnel sobrement éclairé par la mousse verte luminescente aboutissait au bout de quelques mètres à ce goulot rocheux, passage étroit obligé pour accéder à l’autre Kaer.

Je me souviens avoir aperçu, de l’autre côté de l’ouverture, un troll et un orque tout en armure et leurs lances pointées devant eux, vers nous. Restant sur leur position, ils nous regardaient courir dans leur direction, vers la porte. Leur regard apeuré fouillait le tunnel derrière nous, quand un énorme bloc de rocher se mit à descendre pour obstruer le passage. Ils fermaient la porte ! J’entendis l’incantation formulée par les sorciers situés au-delà de ce passage, et je vis des symboles élémentaires entourer le bloc, avant d’entendre le choc sourd du bloc énorme qui s’écrasait au sol. Le passage était scellé. La luminescence de la masse rocheuse déclina progressivement, ne laissant qu’un mur impénétrable nous empêchant de trouver refuge.
Impitoyables, ils nous condamnaient à périr, en nous laissant sans défense, à la merci de l’Horreur qui venait de tuer mon père.

Sans perdre une seconde, ma mère me fit faire demi-tour, malgré le danger qui nous y attendait. Les cris de terreur ne provenaient plus de la salle principale maintenant. Ils étaient étouffés, plus lointains, semblant provenir des chambres.

Au bout du tunnel, au lieu de redescendre les escaliers, ma mère nous fit bifurquer vers un étroit passage perpendiculaire qui menait aux couloirs d’intersection entre les salles supérieures. Quelques détours plus loin, nous arrivions à une réserve sans issue. Là, elle prit une corde de son sac, l’enroula autour de son épaule, avant de se mettre à grimper rapidement et avec agilité le mur rocailleux de gauche. Arrivée sur un petit rebord en corniche, proche du plafond, elle déroula la corde en m’ordonnant de m’y accrocher de toutes mes forces. Elle me hissa vers elle. Je vis alors une mince ouverture horizontale, dans laquelle elle me poussa, puis s’y faufila tant bien que mal elle aussi à force de contorsions précises. Nous étions dans un boyau de roche dans lequel il nous fallait ramper sur quelques mètres avant de déboucher sur une ouverture de la largeur d’un homme, assez haute pour nous permettre de continuer à progresser debout.

Je ne me souviens alors que d’une suite de couloirs en pierre, et d’élargissements trop petits pour être qualifiés de salles. La lanterne que ma mère avait allumée et réglée au minimum nous dévoilait cette succession de murs de roche sur lesquels j’entraperçus des pictogrammes, dessins, et des calligraphies de runes. Mon regard hypnotisé fixait ces symboles, comme si je voulais les graver de manière indélébile dans ma mémoire. Notre parcours au sein de ce dédale mystérieux et surréaliste accaparait mon esprit, et le détournait des évènements dramatiques vécus, me laissant dans une étrange sensation d’engourdissement.

Ayant perdu toute notion du temps qui passait, je me souviens avoir marché longtemps, puis épuisé, avoir dormi, dans le noir, sur la pierre glacée, avec ma mère comme seule preuve d’être encore en vie. Boire quelques gorgées d’eau, repartir, marcher, et marcher encore, marcher toujours plus…
Les glyphes laissés loin derrière nous m’obnubilaient et me hantaient sans trêve, comme s’ils flottaient devant mes yeux pendant que j’avançais.
Combien de temps dura la marche dans cette pénombre, entourés de roc et de terre ?

Je ne saurais le dire.

Ce n’est que des années plus tard, après de nombreuses nuits entrecoupées de cauchemars, au fil des vagues réminiscences qui surgissaient comme des éclairs, et à partir des quelques bribes laconiques de ma mère que je parvins à reconstituer et ordonner ces fragments de souvenirs lointains.
Au bout d’une autre longue période de marche, nous sommes arrivés dans une grande caverne emplie de stalactites minérales, avec un petit lac d’eau claire bordant l’un des côtés. Une chaude couleur orangée provenait des murs tapissés de petits champignons lumineux et éclairait suffisamment la salle pour apercevoir, à l’autre bout du tunnel par lequel nous étions arrivés, une porte de pierre gravée elle aussi de symboles ésotériques.
Je crus reconnaitre l’un des glyphes dont le dessin m’était apparu lors de la fermeture de la porte du Kaer nous ayant rejeté.

Ma mère se dirigea droit sur la porte. Elle sortit un maillet de bois de son sac, et frappa selon un rythme précis jusqu’à entendre une réponse similaire de l’autre côté. Le rocher s’illumina progressivement d’un doux halo bleuté, et s’ébranla alors en se soulevant du sol.

Une fois la porte ouverte, nous aperçûmes 5 paires d’yeux qui nous observaient avec curiosité à travers une mince fente horizontale dans une autre paroi de pierre.

Après un bref échange entre ma mère et eux, Llynaore prit sa flûte et joua. L’air qu’elle interpréta fut un des plus mélancoliques que je l’ai jamais entendu interpréter. Pendant ce temps elle m’avait remis une feuille de dessin, avec les pinceaux et quelques encres spéciales en me demandant de faire le plus beau dessin que je puisse. Les glyphes. Ma main esquissa quelques glyphes, comme douée de volonté propre, comme si la musique enchantait ma main pour rythmer mes coups de pinceaux.

Après avoir écouté l’air mélodieux de ma mère, et contemplé ma pictographie, ils nous ouvrirent enfin la porte, dans un silence respectueux.

Dans le Kaer Hardin, la vie était moins joyeuse, plus sobre, plus mesurée.

Les rares étrangers étaient tolérés, mais plus ou moins tenus à l’écart. Ils ne pouvaient pas participer aussi activement à la vie sociale du Kaer. Il restait toujours un relent de méfiance vis-à-vis de nous. Les plus extrêmes nous soupçonnaient d’être corrompus, malgré notre démonstration initiale à l’entrée du Kaer.

A partir de notre arrivée dans ce Kaer, Llynaore ma mère montra une réelle aversion à la magie. Elle estimait que la magie s’était montrée incapable de nous protéger et d’empêcher l’elfe qu’elle aimait d’être tué. Elle reprochait même parfois qu’il ait été élémentaliste, prétendant que sinon il aurait pu fuir avec nous. Comment peut-elle s’égarer à ce point dans son jugement ? Aorfën mon père était un héros ! Il nous a permis de nous sauver. Il ne maitrisait peut-être pas assez ses Cercles de Savoir pour repousser ce… Monstre. Mais il n’aurait même pas pu rester debout s’il n’avait pas eu ses sorts pour vaincre… Jusqu’à ce moment fatidique. Ma mère m’interdit donc d’apprendre la magie. Elle m’entraina elle-même à l’art de la furtivité, à me déplacer le plus vite possible, de la manière la plus agile, en m’apprenant aussi comment survivre en différents types de milieu.

Ma curiosité était cependant vive d’en apprendre davantage sur les Arts Magiques. A moins que ce ne fut l’attrait de l’interdit. Ou les deux probablement.

Je ne pus donc résister à m’approcher, fréquenter, puis assister discrètement à certains cours de magie. Les symboles. Toujours ces symboles obsédants. Le vieux professeur en dessinait souvent sur le tableau. Je les recopiais sur mes parchemins pendant les cours, et aussi en cachette, le soir.
Evidemment le sorcier qui donnait les cours me remarqua un jour, et il nous rendit une visite de courtoisie à notre chambre. Ma mère l’écouta, d’abord réticente, et ne put que se rendre à l’évidence en voyant les dessins que j’avais accomplis soir après soir.
J’avais 11 printemps quand mon initiation débuta.

Tout de suite, je méprisai l’art de l’Illusion, qui n’est à mes yeux que faux-semblants et art de la tromperie. Le véritable pouvoir est dans la Sorcellerie, pas dans une utilisation partielle basée sur la modification des apparences. D’ailleurs c’étaient les élèves les plus doués, ceux ayant le plus de mémoire, les plus vifs d’esprit, et qui parvenaient à apprendre sans grande difficulté, qui se retrouvaient dans les cours de Sorcellerie.

Je me montrais doué, et ma capacité à dessiner m’aidait beaucoup, comme si ma main préparait ma tête à former les glyphes dans mon esprit.
Solitaire, j’avais peu d’amis. En fait mes camarades de classe étaient cordiaux avec moi, pour la plupart d’entre eux. D’autres se montraient moqueurs, voire hostiles. Certains, moins enclins à l’étude, m’avaient pris pour cible de leurs railleries et de leurs farces de mauvais goût. Je laissais faire pour l’instant car cela détournait leur attention des plus faibles que moi, moins capables de supporter ces penchants exutoires primitifs.
Les choses allaient changer.

Kartum était le pire orque de la classe. Il n’était pas dans les cours de magie, davantage porté sur les démonstrations physiques que sur l’utilisation de son esprit. Il trainait toujours avec sa bande. Alors qu’il ne me réservait que des quolibets peu flatteurs – pour lui, car ils révélaient la pauvreté de son esprit, mais s’en rendait-il compte ? – il me proposa un jour de monter une expédition. Il prétendait découvrir un nouveau tunnel depuis lequel nous pouvions apercevoir l’extérieur. Ils avaient besoin de moi pour me faufiler grâce à ma petite taille, et ensuite leur tendre une corde.

Je me méfiais de sa soudaine sympathie, mais l’occasion était trop tentante, même s’il ne s’agissait que d’entrapercevoir un bout de l’extérieur. Etait-ce ma curiosité trop grande, ou mon envie d’aventure ? Quoiqu’il en fût, je me retrouvais en train de m’engouffrer dans le passage qu’ils m’indiquèrent, après avoir parcouru quelques tunnels dans les sous-sols interdits du Kaer. A peine étais-je engouffré dans ce boyau plus étroit, que j’entendis leurs rires moqueurs en même temps que le frottement de la lourde pierre sur le rocher. Ils m’avaient enfermé, en me laissant dans le noir.
Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que ma mère m’avait entrainé. Elle m’avait appris à explorer les tunnels en prenant garde aux trous, aux failles, et autres embûches, même sans lumière.

D’autres se seraient effondrés, terrorisés. Je réagis et décidai de surmonter ce désagrément en commençant l’exploration de ce boyau plongé dans le noir absolu.
Comme dans mon expérience précédente, mon esprit commença à se mettre dans un état second, proche d’une transe mystique, ce qui me rendit insensible à la rigueur de mon environnement, le froid et l’humidité principalement. Le temps semblait ne plus s’écouler. Seuls les symboles que mon imagination dessinait en continu importaient.

Je découvris la caverne de cette manière.

La caverne du Mage, comme je l’ai appelée, nom qu’ils reprirent dans le Kaer pour la désigner.

Une grande caverne, tout en roche cristalline, pleine de stalactites et de stalagmites, qui était illuminée depuis le plafond par une source magique, emplissant la caverne d’une lumière dorée harmonieuse. Des cristaux parcouraient la roche, tels des veines irriguant la caverne, et inondant la salle d’une atmosphère spirituelle.

Les symboles, les glyphes, et les runes parcouraient les murs du sol au plafond. Ils étaient partout.

Fasciné par cette découverte que j’avais tout loisir d’approfondir, j’y passai un temps indéfini. Je baignais dans cette étrange atmosphère, chaude, agréable, et bienfaisante. Des interrogations, des réflexions, et des pensées nouvelles m’envahirent, ouvrant mon esprit à des conceptions inédites et de nouvelles possibilités.

La fatigue m’obligeait parfois à me poser sur le doux tapis de mousse qui garnissait tout un recoin, près de la petite source d’eau claire, pure, et fraiche qui coulait en un flot paisible et régulier, avant de disparaitre sous une fissure d’un mur. Des champignons, des herbes, et mêmes des fleurs poussaient sur une partie plus terreuse, proche de la source. Ils me procurèrent de quoi me sustenter quelque temps.

A mon retour, en empruntant une sortie qui débouchait sur une faille cachée en hauteur et surplombant la salle des représentations où se déroulait justement une pièce de théâtre, j’appris qu’il s’était écoulé une semaine depuis ma « disparition ».

Après avoir de nouveau produit une œuvre picturale pour leur prouver mon innocence conservée, et une fois l’émotion de mon retour dissipée, je racontais ma découverte aux responsables du Kaer. Je passais sous silence la mauvaise farce dont Kartum était à l’origine responsable. Il était ainsi privé de la flatterie due à sa mauvaise réputation, et passait complètement dans l’ombre de ma soudaine et pourtant involontaire célébrité, après mon retour triomphal en plein milieu de la scène dramatique de la pièce qui se jouait.

J’acquis ainsi une nouvelle réputation auprès de mes camarades, dont certains se rapprochèrent de moi. J’étais devenu l’explorateur, le découvreur, le Magicien.

Evidemment Kartum et sa bande se montrèrent ensuite encore plus virulents à mon égard. Je n’en avais cure, trop heureux de ma nouvelle renommée, et d’avoir maintenant quelques amis. Et surtout, il y avait Elina dans ce nouvel entourage.

Image
Elina, dans la grotte des cristaux bleus

Pendant quelque temps, avec mes nouveaux amis et Elina je pus goûter aux joies de la camaraderie franche et partagée. J’appris alors qu’il était bon parfois d’avoir de la compagnie. Pourtant la plupart du temps, je devais me montrer plus discipliné qu’eux car ils avaient une grande tendance à la paresse, la flânerie, ou l’amusement sous toute forme à partir du moment où cela leur permettait d’échapper aux études. Leur manque de discipline me consternait car ils se révélaient bien entendu moins doués que moi en apprentissage, particulièrement en lecture et compréhension des runes.

Elina se montrait douée pour certains domaines, mais elle sélectionnait les enseignements selon ses propres critères… qui m’échappaient bien souvent. Je n’ai jamais réellement compris ses motifs, ou plutôt son manque de logique et de rationalité me surprenait, alors qu’elle était si intelligente, vive, et espiègle. Son espièglerie à mon égard me laissait pantois. Elle était une des rares personnes qui puissent me faire taire par un simple regard malicieux et son sourire enchanteur. J’essayais de me donner une contenance en prenant un air encore plus sérieux. Ses taquineries fusaient alors et me laissaient encore plus interloqué. Elle éclatait alors de rire, d’un rire si cristallin, que je lui pardonnais aussitôt sa moquerie. C’est après une de ses boutades et lors d’un jeu de «La chasse à l’Horreur » que nous nous retrouvâmes isolés dans un coin de la grotte des cristaux bleus.

Nous étions cachés pour échapper à nos poursuivants qui devaient nous toucher pour nous faire prisonniers. Blottis l’un contre l’autre je sentais sa douce chaleur contre moi. Je parvenais difficilement à me concentrer sur le jeu, et je crois que je m’étais un peu arrangé pour me retrouver délivré par Elina. J’en ai oublié la raison, mais je me souviens parfaitement qu’elle se tourna vers moi pour me lancer une de ses piques verbales. Elle rit ensuite, et d’un geste furtif me toucha le bout du nez pour se moquer. Je restai pétrifié, n’osant bouger de peur de rompre cet instant magique. S’apercevant de mon trouble, Elina s’interrompit, me fixant de se ses magnifiques yeux verts en amande. Elle se pencha, et m’embrassa. Ce fut si merveilleux qu’il m’arrive encore d’en rêver. Je l’enlaçai à mon tour en lui rendant avec une fougue quelque peu inexpérimentée son baiser.

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