Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°7

Court essai sur la bouteille, composé un lendemain de cuite avec l’ami Olochai. Je crains d’avoir compromis maintes fois mon allure et ma réputation en m’avilissant par l’alcool, mais Lecteur, tu dois comprendre qu’il s’agissait à chaque fois de vins exceptionnels ! Quelle muse avait bien pu alors m’inspirer cette envolée ?!? Je m’interroge encore…

Bouteille,
Cylindre de verre à la verte robe,
Dans la douceur des guinguettes
A mon regard tu te dérobes.
Tu feras toujours mal à la tête !

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Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°6

Finalement, les efforts conjugués de Zorkal, d’Olochai, appuyé par Aorélinor, Krysten et moi, nous ont permis d’obtenir des espèces sonnantes et trébuchantes, puis de l’équipement. Je voulus quémander des habits de bonne facture, mais cela me fut refusé. Je grognais mais rentrais dans le rang, à l’explication de mes compagnons qui ne considéraient pas mon style vestimentaire comme « de première nécessité »… Béotiens. Il va falloir que je leur apprenne quelques petites choses sur la mode, et l’image que l’on donne à autrui par son style.

Nous avons finalement quitté le refuge, à mon grand regret. Heureusement, le beau temps m’a donné envie d’essayer cette tenue de voyage bas de gamme. Qui sait, peut-être pourrai-je l’user suffisamment pour en réclamer une nouvelle plus élégante à mes amis ? En attendant, je laisse la surveillance de Guillermo et la direction de la marche aux autres, et fermant le cortège, je compose encore :

Les armes sont affutées,
Les esprits échauffés,
Et quittant le Monastère,
Nos Héros partent en guerre.

Brandissant outres et saucissons,
Nous marchions vers l’horizon,
Conscients de trouver devant nous l’aventure,
Quitte à trucider là-bas quelques crevures.

Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°5

Ayant retouvé par le plus grand des hasard l’un des truands qui nous avait détroussé sur la route, nous avions projeté de l’occire, quand le gredin, un certain Guillermo Grisoeil, craignant pour sa survie et voyant les larges mimines d’Olochai se refermer sur son cou nous proposa de nous rendre le plus possible de nos affaires en échange de notre aide pour retrouver celui de ces complices qui l’avait doublé… Hu hu hu. Cette ironie du sort nous plongea dans un fou rire alimenté par la découverte du nom de l’indélicat : un nain nommé Doigt-D’or. Nous avons imaginé alors les sévices que ce sobriquet lui vaudrait lorsque nous l’aurions attrapé…

Nous (notre groupe de cinq aventuriers qui dans le malheur était devenu solidaire) avons finalement accepté cette offre tout en nous promettant de garder un oeil sur le Grisoeil dont nous nous sommes évidemment méfiés. Avant de partir, il nous fallait armes et équipements. L’étrange Troll nommé Zorkal se proposa alors d’intercéder auprès d’Ariel. je soupçonnait alors que celle-ci avait du, d’une manière ou d’une autre, succomber aux charmes de notre barde, mais j’écartais d’une pensée l’image de ce qui avait du se passer cette nuit là, ayant un doute bien fondé sur l’identité de notre belle hôtesse (que j’évoque dans mon « Ode à l’Hôt(r)e »). Le résultat de cette requête m’inspira ces quelques rimes :

Comment conter l’histoire d’un Diplomate
Qui devant l’Amant devient Tomate ?
Le récit du Troll qui bredouille,
Tout en reluquant ses fouilles ?

Implorant Ariel pour l’équipement,
Il en perd tout son argument.
Pressé par ses camarades désarmés
De remplacer au plus vite leurs épées.

Cette histoire est celle de Zorkal,
Un Troll vraiment peu banal,
Qui crut un jour faire requête
Pour avoir su jouer de sa quéquette.

Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°4

Un court extrait d’une tentative d’hommage, créée pour la circonstance avec l’ami Olochai alors que nous rincions nos gosiers et nous réchauffions dans l’asile de Chantecroche. Lecteur, excuse la pauvreté de mes rimes, il est évident que ce soir là, l’émotion se disputait à la boisson, ce qui explique le résultat :

Buvons un coup, buvons en deux,
A la santé des amoureux,
A la santé de Santecroche !
Et merde pour l’Horreur du Kaer,
Qui nous a déclaré la guerre !

Suivi de cet extrait trivial (alors que nous commencions à rouler sous les tables,à la recherche d’une bouteille encore pleine) qui raconte notre passage dans les thermes si accueillants de Dame Ariel :

Olochai à peine lavé
Péta dans le bassin.
Les badauds effrayés
S’enfuirent très loin du bain.

Ceci dit, bien avant de céder aux avances de la déesse bouteille, j’avais essayé d’exprimer ma détresse après le vol de nos affaires sur la route, et surtout de mes beaux vêtements :

Rescapés du Kaer Bienheureux,
Nous partimes les yeux pleins d’espoir.
Mais les Thérans ignominieux
D’une robe de bure nous ôtèrent tout espoir.

Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°3

La trouble (double ?) personnalité de notre hôtesse m’inspira l’écriture de ces quelques lignes :

Ode à l’Hôt(r)e

Ton nom je le connais.
Dans ma langue tu m’as accueilli.
Et pourtant j’hésite
Troublé par ce doute qui m’habite.

Ton sourire tu me l’as accordé,
A ta table tu m’as invité,
Et je ne puis pourtant deviner,
Ce qu’en retour tu peux désirer.

J’ai bien vu qu’à mes amis
Le même accueil tu as réservé.
Est-ce dans ta poche déformée
De la menue monnaie que j’ai vu pointer ?

Ultime trahison de l’étoffe
Qui d’un faux pli fait une affaire d’état.
Je préfère pourtant croire
Qu’il est bien tard et que je m’égare.

Carnets Lyriques d’un Exilé, feuillet n°2

Les vers ci-dessous, qui me sont revenus dernièrement en mémoire, sont bien antérieurs à notre périple. Ils reflètent bien mes dispositions pour le noble art du tissu et du vêtement :

Prodigieuse invention du métier à tisser.
Du néant et du tissu tu triomphes de l’impudeur,
Et devant mes yeux écarquillés,
Tu mets l’Ork en valeur.

Entrelas, dorures et points de croix,
Autant de précieux procédés
Qui font du lin rugueux et froid
Des atours dignes d’un roi.

Tristesse du prisonnier,
Ou punition du Théran,
Qui dans une triste uniformité,
Finiront mal fagotés.

Si voyageur en bonne compagnie
Fais grand cas du choix de tes habits
Dispute à ton hôte l’élégance,
Dont t’a doté un jour la Providence.

Carnets Lyriques d’un Exilé

Que mes lecteurs me pardonnent, mais ce premier essai poétique narrant mes mésaventures fut écrit de nuit, dans la froideur de la montagne. De son succès auprès de mon sévère auditoire dépendait l’entrée dans le Kaer, et donc ma survie. J’ai réussi, mais aujourd’hui encore, je trouve le ton de ces vers léger, voire trivial :

C’est à la lueur du feu la nuit
Qu’on distingue l’Horreur de l’Errant.
Ce dernier a les lèvres bleuies,
Et rêve d’un steak bien saignant.

Pour comprendre ces quelques lignes, il faut savoir que mes compagnons et moi, perdus dans une région inconnue après avoir échappé à nos geoliers, avions découvert un asile. L’accès nous était accordé sous condition que nous réussissions à déployer nos talents artistiques.

Ohé du Kaer !
Qu’on prête l’oreille,
Si nous hélons assez fort
La Sentinelle qui veille.

La garde répond par la prudence.
Nous serons les bienvenus
Quand nous montrerons au sceptiques
Une production artistique de notre cru.

Enfin c’est l’accueil,
Les thermes et la venaison
Qui réchauffent nos corps meurtris,
Par notre longue excursion.

Louange à Ariel,
A sa communauté solidaire,
Qui sans rien en attendre
Ont mis fin à notre calvaire.

Hélas !
Dans les bains l’amertume se mêle à la joie,
Pour nos effets dérobés,
Par d’odieux hors-la-loi.

Ce n’est pas tant le vol de notre argent
Qui provoqua mon ire,
Mais plutôt les grises défroques
Dont nous affublèrent ces tristes sires.

Nadrang Beausatours

Ma jeunesse insouciante dans le Kaer Bienheureux

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NADRANG BEAUSATOURS

Moi, Nadrang Beausatours, fils de Mirmidiae Routoison, j’ai toujours trouvé que le Kaer Bienheureux portait bien son nom. En tous cas, je m’y suis toujours plu, et je n’ai jamais ressenti ce curieux besoin d’évasion et de changement qui était la principale motivation des grandes personnes autour de moi. Je n’ai pas considéré Bienheureux comme une prison, mais comme un immense terrain de jeu, d’autant plus grand que ma nature naine en modifiait la perspective.

Même la mort accidentelle de mon géniteur n’a pas troublé mon enfance : j’étais bien trop jeune pour comprendre la douleur de ma mère, et l’absence de mon père. Pour autant que je me souvienne, ma famille, c’est ma mère et seulement ma mère, une artiste passionnée et appliquée qui avait la chance de pouvoir mêler son hobby et son métier. Et comme vous allez le voir plus tard, son activité d’alors a eu une grande influence sur moi…

J’ai commencé comme tous les jeunes nains de mon âge : rugueux, bagarreur, fonceur, j’étais de tous les mauvais coups. Heureusement pour les personnes chargées de mon éducation (ou devrais-je dire de ma surveillance ?), on a décelé chez moi des prédispositions à la maitrise des éléments, et j’y ai tout de suite vu le moyen d’épater mes amis et de faire de nouvelles farces pour lesquelles je ne serais pas puni. Cela a eu un succès mitigé, mes talents d’élémentaliste étant à l’époque des plus confidentiels.

Mes amis de toujours

J’ai malgré tout délaissé mes amis de l’époque, une bande de terreurs surnommée les « Cinq du Tonneau », en référence à la vieille barique de vin de Kaer poussiéreuse qui nous servait de repaire. Je pense qu’il ne m’ont jamais vraiment pardonné de laisser tomber nos raids contre les bandes de gamins rivales pour m’enfermer dans la bibliothèque du Kaer.

Je partageais mon temps entre les livres descriptifs du tissage des éléments et les après-midi avec mon ami Olochai Tête-Jaune, un voisin Ork qui me complétait parfaitement.
Il était la force physique, j’étais la ruse.
Il était l’intimidation, j’étais le verbe.
Il était aussi impressionnant que j’étais insignifiant.
Nous avons vite appris à exploiter cette complémentarité et nous sommes devenus inséparables. Même ma mère le considérait comme un membre de la famille. Aujourd’hui encore, alors que je suis sur la route, l’infatigable Olochai m’accompagne !

Ma passion pour le beau

C’est en parcourant un recueil de sorcellerie faisant office de livre de chants, que j’ai eu l’idée de mes premiers vers. A cette époque évidemment, ils ne pouvaient évoquer qu’un seul thème :

Dans la poussière, les coups et les cris,
La bataille du Tonneau fait rage.
N’aie crainte, Citoyen endormi,
Je sais d’ou vient ce tapage.

Point d’émeute dans le Kaer,
Pas plus que de monstre en travers de ta rue,
Ces épées en bois, et ces voix fortes et claires
Sont celles de Nadrang, et ses Frères.

Jour après jour, à travers Bienheureux,
la bande du Tonneau étend son territoire.
Ce soir si nous sommes chanceux,
A la citronnade fêterons la Victoire.

Ce chant de guerre fut celui de ma bande durant toutes nos aventures. Mes amis d’alors, enthousiastes, insistèrent pour que j’en compose davantage. Même ma mère et Olochai, impressionnés par ma capacité à composer des rimes improvisées, m’encouragèrent à en créer d’autres, que je déclamais en toutes occasions. J’en écrivis plusieurs centaines sur divers supports, mais j’égarais la plupart de ces carnets et quand j’en retranscris aujourd’hui, je me fis le plus souvent à ma mémoire.

Par ailleurs, ma mère Mirmidiae commença à m’enseigner l’art pour et par lequel elle vivait : la couture et la broderie. Je restais des heures à la regarder les tenues qu’elles confectionnait pour les notables de notre Kaer. Très vite je voulus être aussi bien habillé que ces importants personnages, et je récupérais des chutes des tissus de son atelier pour fabriquer des uniformes pour moi et les Cinq du Tonneau. Ces tentatives très médiocres me dissuadèrent de continuer à tenter de fabriquer par moi-même mes habits. N’est pas Mirmidiae Routoison qui veut ! Ma décision était prise : si je devais un jour gagner beaucoup d’argent, je le dépenserais en priorité en vêtements et bijoux.

Depuis ce jour, je m’emploie simplement à être le Voyageur le plus élégant qu’ait jamais connu Barsaive !